La lettre d’Esparbec – Sex Addicts, de Patrick Saint-Just

Directeur du label Média 1000 en plus d’être le prestigieux auteur que l’on sait, Esparbec présente les nouveautés qui paraissent dans les collections qu’il dirige par la rituelle «lettre d’Esparbec», que nous restituerons désormais dans ce blog à chaque nouvelle parution.
 
Patrick Saint-Just – Sex Addicts (Média 1000, collection « Les interdits »). La lettre d’Esparbec.  
 
Quant à mes «faiblesses d’écriture», à «la pauvreté de mon style», son côté répétitif (pas incantatoire pour autant), ne croyez surtout pas qu’elles m’échappent; mes faiblesses, je les connais, mes défauts me crèvent les yeux ; mais je passe outre ; ce n’est plus tellement ce qui m’intéresse quand j’écris. Bien écrire, est un plaisir que je laisse à ceux qui n’en ont pas d’autres. Moi, j’en ai d’autres. Et tout d’abord celui de raconter et de découvrir ce que je raconte, ce qui me passe par la tête.
Que nos regards à ma mère et moi se croisaient souvent, se heurtaient, se rencontraient, j’en passe, c’est un fait ; vais-je, sous prétexte d’éviter de fastidieuses répétitions, le passer sous silence ; ne serait-ce pas dénaturer les saynètes où ses yeux, et les miens, jouaient un si grand rôle ? Pourquoi me casserais-je le cul à chercher des synonymes ; elle me regardait, j’écris : elle me regardait. 
Et si elle me regarde dix fois, j’écrirai dix fois : «Elle me regarde». Merde pour les puristes. Je n’écris pas pour figurer dans une anthologie. C’est à dessein d’ailleurs que j’use d’un style (si l’on peut encore ici parler de style) aussi plat, si j’emploie des mots aussi neutres. Les mots de tous les jours, qu’on ne voit pas passer, les mots des pauvres seront toujours pour moi préférables à la verroterie des riches vocables qui accrochent le regard, et le retiennent, où il s’englue…
«Oh, comme c’est joliment tourné ! Gna gna gna…»
Pour les lecteurs selon mon coeur, les mots n’importent pas, ce qui les intéresse, c’est ce qu’il se passe, ce que font les personnages…
Alors, messieurs les correcteurs professionnels, ne me pompez pas l’air avec mes «regards», mes «sourires», mes «dit-il» ou «dit-elle». Je ne suis pas Joyce, pas même Sollers (le ciel m’en préserve). Je ne songe pas à faire de la littérature. Je raconte des histoires de cul, les miennes, car je n’ai pas d’autres richesses, et je les raconte avec les mots de tous les jours ; les seuls dont je dispose.
J’essaie de coller à ce qui défile, d’y coller vite, car ça passe si vite, c’est de la saisie que je fais, au fond, je saisis ce qui passe devant moi dans ma tête, et je vous le sers tout chaud, tel quel. Rien ne vous empêche de réécrire mon livre, vous êtes les bienvenus. Flaubertisez tant qu’il vous plaira et grand bien vous fasse, j’écris pour ceux qui comme moi ne s’intéressent qu’à l’histoire.
La story. Boy meets girl, remember ?
Ou plutôt, boy fucks girl. Et il a bien raison.
Dans le livre de Patrick Saint-Just, qui écrit lui aussi le plus «platement» possible pour ne pas déformer ce qu’il donne à voir au lecteur, les personnages ne pensent qu’à ça : «fucker».
A un tel point qu’on est obligé de leur faire subir des cures de désexualisation. Vont-ils «guérir», ces sex-addicts ? Eros les en préserve !
A bientôt, drogués du cul mes frères, mes soeurs, votre dévoué,
E.
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